tricoter éthique

Réflexion | Tricoter éthique ?

J’ai appris à tricoter il y a presque 10 ans, grâce à une de mes amies (coucou Justine si tu passes par là!). Presque l’intégralité de mes pulls, écharpes et bonnets ont été confectionné par mes petites mains, et j’en ai une collection relativement importante !

Depuis quelques années, je commence à me questionner sur mon mode de vie et mon impact et je prête attention au choix de mon alimentation, mes cosmétiques, mes produits ménagers, le port de cuir, … Mais l’usage de la laine a mis du temps à m’apparaître comme un problème: après tout, on leur prend juste leur poils, en échange de bons soins! Où est le mal ?

Et puis un jour, un peu par hasard, j’ai entendu parler de mulesing … Après quelques recherches, j’ai rapidement changé d’avis sur le caractère inoffensif de la laine.

mouton

Le constat actuel:

Pour commencer, un petit point « culture » sur les différentes laines animales: le cachemire est issu de la chèvre, l’angora du lapin, l’alpaga du lama et celle du mouton est en général dénommée « mérinos ».

Pour info, le mouton est un animal étonnamment intelligent et affectueux.
Il est capable de reconnaître les émotions et a des capacités mémorielles impressionnante: il peut se souvenir et reconnaître un nom qui lui a été donné, se rappeler d’une cinquantaine de visages d’autres moutons et d’une dizaine de visages humains, …

 

La tonte, un acte de cruauté ?

Tondre un animal ne semble pas être un acte de cruauté. Au final, où est le mal à lui « emprunter » ses poils ? Et bien justement …

  • La plupart des espèces utilisées dans la production de laine ont subi un nombre important de mutations génétiques au fil des années afin d’être plus « rentables » et de produire d’avantage de laine.
  • Du côté des moutons, le mulesing est devenu monnaie courante dans les élevages, principalement en Australie. Il s’agit d’une pratique qui consiste à découper la queue et l’arrière-train des jeunes agneaux. Le plus souvent cette ablation est réalisée sans anesthésie. Elle a pour but de réduire l’incidence de la myase, une mouche pondant des larves sous la peau, provoquant des infections et des furoncles qui « abîment » la laine.
  • Dans une optique de rentabilité, la tonte est souvent pratiquer en plein hiver, moment où l’animal possède le plus de laine mais également moment où il en a le plus besoin pour se protéger du froid … De ce fait, de nombreux animaux finissent par mourir de froid.
  • Lorsqu’ils ne produisent plus assez de laine, les animaux sont vendus pour être envoyés à l’abattoir… Je vous passe les détails sur les conditions de transport et de mise à mort des animaux, rien de bien joyeux …
  • Mais pour fournir une viande goûteuse, les jeunes agneaux mâles doivent être castrés tout petit … Le plus souvent, on pratique une ablation à vif des testicules ou alors on les entoure d’un élastique pour couper l’afflux sanguin, une méthode atrocement douloureuse …
  • Du côté des chèvres, lorsque leur pelage devient moins doux, avec l’âge, on pratique le shearling: les animaux sont tués et leur peau est tannée avec la laine gardé intacte (coucou les Uggs!).

mouton tondu

Le bilan environnemental

Outre la souffrance infligée aux animaux, la production de laine a un impact environnemental considérable:

  • Au niveau des sols, comme toute exploitation animale, la production s’avère très polluante: rejet de CO2 et de méthane dans l’atmosphère, exploitation des sols pour produire la nourriture nécessaire aux bêtes, destruction des végétaux et de la terre entraînant des problèmes d’érosion des sols, …
  • Au niveau des eaux: quantité importante nécessaire à l’élevage des animaux, pollution des eaux notamment par le rejet des fécales ovines, rejet des produits chimiques utilisés pour la prévention et le traitement des parasites, …

 

Que ce soit en terme éthique ou environnemental, la production de laine s’avère donc catastrophique. Ce triste constat ne vise pas à condamner ceux qui porte de la laine, j’en fait moi même encore parti.

Cependant, j’ai décidé de chercher des alternatives pour tricoter et m’habiller de manière plus éthique. Que ce soit des exploitants plus respectueux ou des matériaux de remplacement, elles sont de plus en plus nombreuses sur le marché.

pile de pull

Les matériaux alternatifs

Parce qu’elle est chaude, douce, qualitative, … Difficile de remplacer la laine me direz-vous ? De plus en plus d’initiatives voient le jour ces dernières années.

Les fibres synthétiques

Parmi les fibres synthétiques, on peut retrouver l’acrylique, le polyamide, le nylon, le polyester, la viscose, … Elles sont nombreuses et souvent très chaude et bon marché, ce qui peut paraître une bonne alternative à la laine animale.

Cependant, qui dit synthétique dit issu de la pétrochimie … Leur production est vorace en énergie et demande l’usage de produits toxiques pour la santé humaines (solvant, produits chimiques, …). Elles sont également non biodégradable.

Et puis, qui n’a jamais eu un pull synthétique qui fait des bouloches-moches dès le premier lavage ? Ce genre de fibre vieillit souvent assez mal, même si on en prend soin …

champ de coton

Les fibres végétales

Les fibres végétales sont également nombreuses.

-> Le coton: produit de manière conventionnelle, le coton est un désastre écologique: extrêmement gourmand en eau et en pesticide, souvent blanchit et teint de manière chimique … Privilégiez donc le coton biologique, idéalement certifié (oeko-tex, GOTS, Eko, Ecocert, …).

-> Le bambou: la fibre est issue de pulpe de bambou, elle est douce, antibactérienne et très absorbante. La production de bambou demande très peu d’eau, ce qui en fait une matière première assez écologique. Attention cependant, sa transformation utilise parfois des produits chimiques un peu cracra.

-> Le Tencel®, est issu de pulpe d’eucalyptus. Elle est biodégradable et provient de plantation FSC. Sa transformation est quasi-systématiquement réalisée à base de solvants éco-friendly.

-> L’ortie, qui permet d’obtenir une fibre très résistante, souple et thermorégulatrice. Elle pousse facilement en Europe, sans aucun pesticide et demande très peu d’eau. Et non, promis, la fibre d’ortie ne pique pas 😉 Elle reste encore assez rare et coûte donc relativement chère à l’achat.

-> Le chanvre, écologique, résistant et isolant, est également une alternative idéale. Tout comme l’ortie, il pousse en Europe, sans engrais ni pesticide et avec peu d’eau. Cette fibre est de plus en plus plébiscité et donc de plus en plus facile à trouver.

-> Enfin, le lin est une alternative écologique intéressante. C’est une fibre locale, qui demande peu de ressources pour être produite (pas d’engrais ni de pesticide, peu d’eau). Elle est isolante, douce et recyclable.

 

Voilà pour le tour d’horizon de la production de laine ainsi que des alternatives existantes. Comme je l’expliquais plus haut, cet article n’a en aucun cas pour but de juger les habitudes de consommation de chacun, mais juste d’établir un constat et de proposer d’autres pistes.
Je prépare pour les semaines à venir un petit annuaire regroupant des marques et des distributeurs de « laines éthiques ». Je prévois d’y répertorier des fibres animales répondant à certains critères de production, ou des fibres végétales. N’hésitez à partager vos bonnes adresses en commentaires 🙂

 

Sources & Ressources:
L’article d’Antigone XXI « touche pas à ma laine »
http://www.sweetandsour.fr/lifestyle/hircus-laine-ethique/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Myiase

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